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L’athéisme, maladie infantile de la préhumanité

samedi 21 juin 2014

« Toute une vie sans jamais l’ombre d’une transcendance, ce doit être ennuyeux... Ce qui me surprend chez bien des intellectuels, c’est leur totale absence de sensibilité métaphysique », Gabriel Matzneff, Les nouveaux émiles de Gab, p.203

« Le grand péché du monde moderne, c’est le refus de l’invisible. » Julien Green, Journal Décembre 1954

« Qui ne croit plus en Dieu, il ne croit en l’Etre, et qui hait l’Etre, il hait sa propre existence ». Paul Claudel, Cinq grandes odes. Magnificat

« Si le monde est tel qu’il n’a pas d’envers, s’il n’y a jamais qu’un endroit plus ou moins longuement explorable, alors la situation de l’homme est désespérante ». J. Grenier La vie quotidienne p.102

« On demandait un jour à quelqu’un s’il y avait de vrais athées. Croyez-vous, répondit-il, qu’il y ait de vrais chrétiens ? » Diderot, Pensées détachées

Vers la fin de sa vie, [selon ce qu’il en a dit lui-même] saint Thomas d’Aquin eut une vision qui lui permit de pénétrer dans le mystère de Dieu plus qu’il ne l’avait fait pendant les 35 années précédentes où il avait édifié une oeuvre géniale et colossale qui lui apparaissait désormais "comme de la paille". Jésus n’était pas de cet avis et le félicitait pour ce qu’il avait écrit à son sujet. Mais rien n’y fit. Thomas n’ajouta plus une seule ligne durant l’année qui lui restait à vivre. On comprend son émoi. Parler de Dieu, c’est une tâche presque impossible et quasi blasphématoire. Un fossé ontologique nous sépare. "Il faut aller au-delà de notre conception de Dieu, car Dieu est éternellement au-delà de tout" nous dit Julien Green. Oui, mais comment faire ? Les tenants de la théologie dite "négative" estiment que nous devons nous borner à énoncer ce qu’Il n’est pas et renoncer à une caractérisation "positive" qui dépasserait de beaucoup nos capacités. Mais il est également raisonnable de penser que, si Dieu nous a créés à son image, nous ne sommes pas forcés de ne dire que des bêtises lorsque nous parlons de Lui ! Efforçons-nous donc d’éviter les propos inappropriés et inadéquats trop teintés d’anthropomorphisme. De toute façon, nos discours sur Dieu resteront infiniment et radicalement insuffisants, mais pas nécessairement faux.

L’athéisme, sous ses différentes formes occidentales et extrêmes-orientales, est intenable, d’abord sur un plan théorique : un monde "éternel" dépourvu de cause et d’origine, d’une part, de finalité et de raison d’être, d’autre part, serait également privé du mouvement, de l’énergie et de la vie qui assurent le "passage" dynamique obligatoire des premières aux secondes et qui attestent de la réalité des unes et des autres. Si vous constatez l’écoulement des eaux d’un fleuve, vous savez, même si vous ne les voyez pas, qu’elles procèdent d’une source et se dirigent vers une embouchure. Un Cosmos dénué de Dieu serait parfaitement inerte, à jamais figé dans une immobilité stérile, telle une forêt pétrifiée qui n’aurait pas "eu le temps" d’actualiser ses potentialités. Or celui dans lequel nous vivons ne cesse de "bouger" et même d’évoluer dans un sens apparemment bien déterminé. Pire encore : un tel univers se viderait de sa substance, car dans le temps et l’espace où s’inscrivent et où se forment son être et son devenir, le premier découle autant du second que l’inverse. Finalement, ne disposant d’aucune des bases "essentielles" de l’existence, celle-ci lui ferait également défaut et il présenterait donc toutes les caractéristiques du néant, ce qui est tout à fait en contradiction avec notre expérience qui nous montre bien que nous vivons dans un univers où tout ne cesse de changer, de s’altérer et de se recomposer.

Alors d’où vient donc ce "mouvement perpétuel" ? Certains répondent par une boutade, comme E. Morin qui parle de "flatulence du Néant" !? Plus sérieusement, d’autres évoquent les mystérieuses aptitudes créatrices dont il serait doté !! Bien sûr, nous sommes là en pleine absurdité : dans le monde où nous vivons, rien ne peut sortir de Rien, même si, en revanche, tout peut sortir de Tout. Et il ne peut y avoir auto-création : aucune entité, fût-ce le Néant (s’il est ainsi qualifiable) ne peut être en même temps Créateur et créature (je parle ici de notre univers), c’est-à-dire être tout à la fois fini et Infini, relatif et Absolu, immanent et Transcendant, etc., soit une chose et son contraire. Il faut donc distinguer et même séparer le Créateur de ses créatures pour comprendre le fonctionnement de l’ensemble. Je recours à une image. Vous avez tous vu (et peut-être même construit) ces figures composées de centaines ou de milliers de dominos dont chacun fait tomber le suivant après avoir été poussé par le précédent. Vous remarquerez que chacun de ces petits objets ne crée pas le mouvement ; il ne fait que le transmettre. La question se pose donc de déterminer son origine qui existe forcément, quel que soit le nombre de dominos à remonter pour la trouver. Et l’on va s’apercevoir enfin que c’est une chiquenaude humaine (et non un domino !) qui met tout en marche, un peu comme dans la fresque magnifique de la Chapelle Sixtine où Dieu confère la vie à l’homme en le touchant simplement du doigt. Evidemment, les alignements plus ou moins complexes de dominos représentent les innombrables chaînes de causes et d’effets secondaires qui sillonnent notre planète. Et l’intervention humaine figure l’impulsion divine initiale qui crée le mouvement et la vie. Notez bien qu’il s’agit d’une "démarche" extérieure à notre monde et qui le transcende. Puisque nous sommes dans l’incapacité de trouver dans l’ici-bas l’origine de son existence, nous sommes amenés à la découvrir dans un autre monde qui lui est supérieur et dont nous procédons. C’est celui du Premier Moteur Immobile d’Aristote que nous baptiserons (!) Dieu en langage moderne.

Cette Transcendance, nous pouvons aussi l’atteindre par le biais de "l’argument ontologique", que l’on peut ainsi résumer : puisque la source du sentiment d’Infini qui nous habite ne se trouve nulle part sur Terre, il provient donc de l’Infini lui-même qui se dévoile en nous. Malebranche exprimait la chose de fort belle manière : "La preuve de l’existence de Dieu la plus belle, la plus relevée, la plus solide et la première ou celle qui suppose le moins de chose, c’est l’idée que nous avons de l’Infini". J’ajouterai, même si ce n’est pas un argument à proprement parler, mais une simple "convenance", comme diraient les théologiens, que nous ne pouvons nous passer de Dieu, ainsi qu’en témoigne la faillite, aussi bien de tous les systèmes de principes et de normes (comme la tentative, très honorable en elle-même, des Lumières... vite éteintes !) qui prétendent le remplacer, que des essais compensatoires "d’absolutisation" de l’Amour, de l’Art, de la Science, de la Sagesse, du Sport... que sais-je, qui laissent profondément déçus et désemparés leurs adeptes. Quand on supprime l’Absolu, on risque d’en arriver à "absolutiser" n’importe quoi, y compris le pire. Nous avons tellement besoin de Dieu qu’il nous faudrait l’inventer, s’il n’existait pas ! Et c’est bien ce que nous avons fait, insinuent quantité de petits malins ! Malheureusement pour eux, les traces anciennes et toujours renouvelées laissées par le Grand Poucet dans son oeuvre sont (comme nous allons bientôt le découvrir) suffisamment nombreuses, variées et probantes pour que nous ne soyons pas réduits à une telle extrémité ! Notez bien, d’ailleurs, que Dieu non plus ne peut se passer de nous, puisque c’est par nous que passe la réalisation de son projet devenu le nôtre.

Intenable sur un plan théorique puisqu’il nous fait sombrer dans l’absurde, l’inconcevable et le déni de nous-mêmes et des réalités qui nous entourent, l’athéisme ne l’est pas moins dans la vie quotidienne. Et ce ne sont pas ses "croyants" qui me démentiront, eux qui se gardent bien de mesurer les effroyables conséquences concrètes de leurs convictions. Ils préfèrent le refoulement, qui leur épargne de bien pénibles constatations ! Comme le disait Jules Renard dans son Journal : "Un homme qui aurait absolument nette la vision du néant se tuerait tout de suite". Autrement dit, si les athées se pénétraient au plus profond d’eux-mêmes des implications de leur "doctrine" (le mystère implacable de leur vaine présence dans un univers inexplicable et monstrueux par son gigantisme "glacial" et menaçant), ils seraient saisis par un tel sentiment d’horreur et de désespoir qu’ils perdraient tout désir de vivre et sécheraient sur place, décomposés par un "àquoibonisme" universel ! Or, si je suis bien renseigné, à part un petit nombre d’entre eux qui se suppriment, ne pouvant plus supporter leur épouvantable condition, ils font généralement preuve d’un incroyable illogisme en se levant le matin, comme tout le monde pour vaquer, avec plus ou moins d’entrain, à leurs activités et à leurs plaisirs ! Tout ça n’est pas très sérieux et leur foi dans le néant relève le plus souvent soit de l’inconscience, soit d’une abstraction cérébrale tout à fait creuse ou encore d’une sorte de pose prétentieuse ou de posture "avantageuse" dictée par des modes élitistes. Bref, les croyants de l’athéisme ne sont que bien rarement "pratiquants" !! On les comprend...

Nous avons jusqu’à présent abordé la question de Dieu sous un angle métaphysique un peu sec et purement théorique, celui des "preuves de son existence". Maintenant, il nous faut examiner une autre approche, celle des "signes ou des traces de sa présence" qui conforteront les conclusions de la première quête tout en gardant leur spécificité. Dans le premier cas, nous nous adressons à notre « Père qui est aux cieux », dans le second, à notre « Frère qui est sur terre », proche de ses créatures et décidé à les aider sans leur imposer quoi que ce soit. Cette discrétion implique d’abord que la rencontre avec Lui ne peut se faire que si chacun parcourt la moitié du chemin, ensuite que ce cheminement ne doit pas être uniquement intellectuel, mais qu’il représente un engagement total de la personne, enfin que cette démarche s’effectue par moments à travers des passages obscurs et difficiles qui seront acceptés comme des stimulants de notre bonne volonté et de notre désir d’aboutir. Quand j’étais enfant, on trouvait souvent dans les albums destinés à la jeunesse les dessins un peu complexes d’arbres revêtus d’abondantes floraisons dans lesquelles se dissimulaient des figures humaines ou animales qu’il fallait distinguer en tournant l’illustration dans tous les sens... Il en est un peu ainsi de Dieu qui est bien là, dans notre vie quotidienne, prêt à intervenir s’il le juge bon, mais occulté par la masse des événements et de nos défaillances, et tout à fait insaisissable pour ceux qui ne s’adonnent pas à sa recherche. La véritable religion, qui nous "relie" directement et intimement à Dieu, est donc fondée sur la reconnaissance et l’utilisation des diverses formes de sa présence agissante au sein de sa Création.

Certaines,"intemporelles", générales et fondamentales concernent la substance, la structure et le devenir du Cosmos dans son ensemble :

présence "essentielle" (émanation de sa Nature et de ses Attributs : Amour, Liberté, Créativité, Simplicité, Immortalité)
présence existentielle (communication du Mouvement et de la Vie)
présence tendancielle (dynamique évolutive orientée dès l’origine vers une complexité, une diversité et une personnalisation croissantes de ses créatures)
présence analogique (agencement extraordinaire d’un Cosmos où les réalités et les phénomènes matériels symbolisent, représentent et "supportent" l’invisible : parallélisme acausal entre le fonctionnement cérébral et le fonctionnement psychique, correspondance très ajustée entre les phénomènes vibratoires et nos perceptions, relation très "parlante" entre les fautes commises contre nous-mêmes et les types de sanction pathologiques ou "accidentelles" qui en découlent et incitent à en tirer les leçons, rapports signifiants très précis (et stupéfiants !) entre les planètes du système solaire et nos projets d’existence (astrologie)).

Notre Univers, qui semble avoir été généré par le cerveau d’un auteur de science fiction, est, nous dit-on, strictement régi par les quatre forces fondamentales de la Nature (même si l’on ne sait pas les unifier) ainsi que par la théorie de la mécanique quantique et de la relativité générale (même si l’on ne sait pas les assembler). Un célèbre physicien est allé jusqu’à déclarer que l’existence de notre monde est suspendue à des paramètres d’une telle précision que la plus infime variation les affectant entraînerait son effondrement. Une construction aussi rigoureuse, aussi complexe et aussi minutieuse ne peut évidemment pas provenir du hasard qui est, par définition, erratique et chaotique.

Deux autres, "temporelles" et conjoncturelles, destinées à nous guider concrètement au long de nos existences :

présence prophétique qui se manifeste, en rupture avec l’état ou le cours normal des choses et à titre d’avertissements collectifs, par des événements ou des situations spectaculaires et choquants très variés, mais qui ont pour caractère et pour but communs de frapper les esprits pour les amener à se reprendre et à se réorienter (incarnation du Christ, mai 68, le génie d’un Bach ou d’un Einstein, certaines catastrophes pas si naturelles que ça, de prétendus "troubles" psychiques (certaines formes d’autisme ou de schizophrénie, par exemple, qui témoignent d’un refus bien compréhensible de s’intégrer à un monde horrible et qui invitent à le transformer de fond en comble), etc.
présence providentielle qui se manifeste, au contraire, en continuité avec l’état ou le cours normal des choses, par une assistance quotidienne, un accompagnement constant et discret de Dieu, qui ne consiste pas à réparer nos fautes ou à nous empêcher d’en commettre d’autres (comme si nous étions des pantins irresponsables dépourvus de liberté !) pas plus qu’à exaucer des voeux de "bonheur" plus ou moins infantiles, mais à nous tendre des perches que nous devrons identifier et saisir, non sans difficultés la plupart du temps, pour nous aider à progresser sur le dur chemin de nos "réalisations" personnelles. Pour ce faire, le Dieu des hiatus et des interstices "s’embusque" dans les situations inanalysables (du fait de leur complexité) que nous traversons ou que nous côtoyons, dans lesquelles il sème les graines de notre avenir, mais qui ne germeront que si nous savons les recueillir et les cultiver.

Enfin, la plus importante de toutes, la présence mystique au tréfonds de nous-même, qui est vécue sous la forme d’un compagnonnage tellement intime, tellement étroit, tellement constant, tellement "ordinaire" que la personne humaine associée à la Personne divine en arrive à communiquer avec Elle sans rien dire, à travers une présence silencieuse qui ne tend même plus à s’exprimer par des paroles et par des gestes. C’était sans doute l’état que connaissait et que vivait ce paysan longuement immobile et seul dans son église qui avait intrigué le curé d’Ars au point qu’il lui avait demandé si tout allait bien, et qui lui avait répondu, faisant allusion au tabernacle et à son habitant : "Je L’avise... et Il m’avise". Parvenu au plus degré de la simplicité et du dépouillement, il avait tout pigé ! J’ai noté plus haut qu’un fossé ontologique nous sépare de Dieu. Certes, mais il faut ajouter que NOUS POUVONS JETER UNE PASSERELLE SUR CET ABIME, CELLE DE L’AMOUR, qui peut tout changer et nous faire changer, si nous le voulons bien. Car il ne s’agit pas d’un "quiétisme" béat et passif. Dans la mesure où nous y consentons, cette Source vive "opère" en nous, comme un chirurgien, une triple transformation purificatrice, unificatrice et "magnificatrice" (exaltation qualitative et intensive de nos facultés) qui nous rend aptes à devenir les dignes et efficaces instruments de réalisation du Projet divin. Ensuite (et toujours si nous le voulons bien), c’est Elle, naturellement, qui inspire toutes les "conversions" que nous devons effectuer en tous domaines et dont la somme constitue une Oeuvre gigantesque d’amour, de paix et d’harmonie. J’y insiste : si nous devons nous laisser faire comme entre les mains d’un praticien, c’est pour mieux agir, et cette attitude requiert un engagement lucide et volontaire pris en toute liberté qui facilite le "travail" de l’Esprit en nous et donc, ensuite, le nôtre dans et pour le monde.

Les indices d’une Présence multiforme de Dieu dans l’Univers sont suffisamment nombreux et évidents pour qu’on parvienne à une "quasi-certitude"... même si ce "vilain" mot, honni par les élites distinguées qui sévissent à notre époque, vous fait passer à leurs yeux pour un débile anachronique. Paul Claudel disait que les athées sont des personnes "qui ne se doutent de rien" !! Est-ce tout à fait vrai ? Sont-elles toujours innocentes, de bonne foi et irresponsables de leur ignorance ? Quoi qu’il en soit, nous sommes face à un incroyable dévoiement : les questions soulevées par l’existence de Dieu sont -de loin- les plus importantes qui se posent aux êtres humains et, malgré cela, des millions et des millions d’entre eux n’en parlent jamais ni dans leur vie privée, ni dans leur vie publique, comme si elles étaient définitivement périmées !

En conclusion, soyez raisonnables ! Ralliez-vous au Bon Dieu et donc au pari un rien cynique et intéressé (du moins en apparence) que faisait Pascal en sa faveur et qu’on peut ainsi résumer : si vous gagnez, vous gagnez tout, et si vous perdez, vous ne perdez rien !!

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