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Emulation et compétition

vendredi 30 mai 2014

Les officines et les activités qu’on ose appeler "sportives" cumulent toutes les tares de la préhumanité : vedettariat, compétition féroce, trucages, doping, brutalité, chauvinisme, comportements bestiaux et dangereux de supporters aux instincts épais, entraînements insensés, homophobie, racisme, infrastructures de prestige extrêmement coûteuses, cruautés envers les animaux, malversations de toutes sortes… et, last but not least, le culte et le règne absolus du fric qui se marquent par la vente des produits dérivés et par les sommes colossales versées à titre de salaires ou à l’occasion de "transferts". L’immoralité et l’inhumanité battent ici leur plein et défigurent complètement l’image et l’éthique d’un véritable sport, digne de ce nom, où l’on se mesure uniquement à soi-même pour aboutir aux limites extrêmes de son épanouissement personnel, sans entrer en "conflit" avec des adversaires ou des ennemis qu’il faudrait absolument, pour se faire valoir, battre, surclasser, accabler, écraser. Certes les autres peuvent intervenir dans la recherche d’une perfection individuelle qui ne tient pas compte de l’importance des moyens physiques dont on dispose, forcément très inégaux d’une personne à l’autre, mais seulement de leur pleine utilisation. Ils se comportent alors comme des amis qui, grâce à leur participation, à leurs conseils et à leur exemple, contribuent à nous faire accéder au sommet de nos possibilités en dehors de toute comparaison avec les leurs. Alors s’établissent avec eux un rapport d’égalité et un lien de compagnonnage s’exprimant à travers l’EMULATION (mot capital) qui est précisément tout le contraire de la COMPETITION.

Un tel, me dit-on, saute un centimètre de plus que tous ses concurrents. Ah oui ! Et alors ? En quoi cela me concerne-t-il ? C’est son affaire... Si ça l’amuse, pourquoi pas ? Mais franchement, je ne vois pas en quoi une telle "prouesse" est vraiment intéressante. Bien sûr, on peut être intrigué ou même fasciné par elle comme on le serait par un mouton à cinq pattes. C’est une curiosité, une bizarrerie propre à susciter l’étonnement. Mais de là à pousser des cris de joie et d’admiration, et à couvrir de félicitations et d’or l’auteur de "l’exploit", il y a un abîme, celui d’une idolâtrie tout à fait indécente. On me rétorquera que l’athlète, pour en arriver là, a dû faire preuve de grandes qualités qu’il lui a fallu développer grâce à un travail intensif très pénible. Eh bien justement, il eût mieux valu mettre ses vertus héroïques au service d’objectifs et de causes infiniment plus valables !

Ce qui importe, c’est d’aller au bout de ses capacités, quel qu’en soit le volume. On ne se compare pas aux autres, mais seulement à soi-même et aux progrès que l’on réalise. Celui qui ne peut compter que jusqu’à dix et qui y parvient au prix de gros efforts et moyennant l’aide de ses amis (qui ne sont plus des "ennemis" à vaincre, mais des entraîneurs) réussit beaucoup mieux sa vie que celui qui pourrait arriver à un million, mais qui s’arrête en chemin par lâcheté ou paresse. Mais naturellement, cette affirmation va directement à l’encontre de la logique marchande implacable qui ne jure que par les champions, les records et la rentabilité. Le plus affreux est que l’esprit de compétition est partout chaudement recommandé, exigé, célébré et récompensé. C’est lui qui gangrène les mondes économiques, politiques et professionnels, les relations internationales et même, de plus en plus tôt, les pratiques scolaires et universitaires pourries par les concours et la sélection. On en est encore à noter et à classer les écoliers... Et pourtant mes élèves et moi-même avions aboli en mai 68 ces abominables pratiques !! Bref, l’esprit de compétition, qui sévit en tous temps et en tous lieux, et qui provoque d’innombrables dégâts en tous domaines, est un mal fondamental et universel qui caractérise bien le monde primitif et barbare (préhumain) dans lequel nous suffoquons malgré les vernis dont il se pare. Le plus terrible est que d’autres vices non moins funestes, tels que la volonté de puissance, l’instinct de jouissance ou les pièges de la pseudo-Connaissance peuvent achever de nous perdre... Nous aurons l’occasion d’en reparler.
En attendant, je vous laisse en compagnie du grand esprit toujours vivant d’Albert Jacquard qui s’exprimait ainsi lors d’une interview qu’il avait accordée au magazine L’Entreprise en décembre 2004 :

"Contrairement à la compétition, l’émulation sollicite les meilleurs instincts. Chacun se réjouit de trouver quelqu’un qui est meilleur que lui, puisque cet autre va l’aider à progresser. C’est un jeu où chaque individu cherche avant tout à se dépasser. Il n’y a rien de plus beau que le sport sans compétition, où les participants cherchent à donner le meilleur d’eux-mêmes. Franchement, est-ce que courir le 100 m en moins de 10 secondes, ou gagner contre telle équipe peut être un idéal humain ? Dans ce domaine comme dans d’autres, nous aurions beaucoup à puiser dans la sagesse des Africains. Un exemple : il existe à Dakar un club de rugby qui se nomme : " S’en fout du score". Ce n’est pas magnifique, ça ? "

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