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La guerre et le commerce sont les deux piliers du monde

samedi 26 février 2022

L’humanité, ou du moins ce qui se prétend tel, est un véritable cancer pour la Terre. Elle la détruit et avec elle le climat, les autres êtres vivants, dans un processus digne de films de science fiction, du genre « la guerre des mondes », mais dans lequel l’envahisseur n’est pas d’une autre planète, mais bien de la nôtre, et l’envahisseur, c’est nous !

Comme un cancer, de métastases en métastases, nous dévorons l’espace, la vie, l’air, l’eau, les arbres, les animaux, l’océan, le sol, tout y passe, même la nuit et la lune. Tout est détruit, brûlé, consumé, consommé, absorbé, tout fait ventre. Car il faut bien nourrir l’insatiable monstre.

Comble de l’ironie, le cancer préhumain s’autodétruit lui-même en permanence, tout en se maintenant « en vie », comme pour jouir toujours plus de sa propre malignité, comme si en définitive il s’en portait mieux. Et il se fait la guerre à lui-même ; et il pulvérise, atomise, anéantit des millions de ses cellules, au cours d’accès de fureur périodiques, ce qui réduit à peine sa capacité de nuisance et semble même lui redonner du « peps », comme une rémission passagère.

Et comme ces périodes « glorieuses » lui sont profitables, surgit toujours un jour ou l’autre la nostalgie du rebond après la chute, en particulier lors des phases moroses et mornes pendant lesquelles l’on s’ennuie à mourir. Et pour mieux jouir de l’après, l’on se vautre à nouveau dans le crime, dans la guerre, dans les massacres à grande échelle, dans la multiplication des goulags, des camps d’internement, des camps de concentration, dans les invasions, les annexions, les provocations, les postures viriles (« rappelez-vous et méfiez-vous, j’ai le rayon X magique, capable de désintégrer en une seule fois des milliards de vos cellules »). Ainsi, on s’ennuie un peu moins pendant quelques temps.

Et puis, c’est drôle de voir les réactions hypocrites de ceux « d’en face », qui s’indignent en public, mais continuent leur petit commerce comme avant.

Car n’oublions jamais le commerce, si profitable au développement sans fin du cancer. C’est qu’il faut consommer toujours plus, produire toujours plus, échanger toujours plus, dans une croissance indéfinie. Mais, puisque ce qui est autour (ce qui reste de la Terre) ne consomme plus mais est consommé, la circulation se fait en circuit fermé. Et comme elle se fait en circuit fermé, comme mondialisée (mais sans le monde), la circulation ne doit pas s’arrêter.

Aussi, même quand l’ennemi s’agite et sort de sa tanière pour envahir le voisin, même si ça ne plait pas aux amis du voisin, le commerce continue. Il faut bien vivre [1].

Alors quand j’entends à la télévision un brillant intellectuel nous dire qu’il est optimiste, je m’interroge. Est-ce moi qui délire ? Est-ce que j’ai loupé un épisode ? Je ne crois pas, même après avoir beaucoup réfléchi !

Car enfin, qu’on arrête de se mentir : ce qui se passe aujourd’hui en Ukraine, nous en sommes nous aussi responsables, ne serait-ce que parce que, pour notre propre confort et pour faire tourner notre économie, nous importons de Russie des quantités ahurissantes de gaz et de pétrole, et ce depuis des années, ce qui a permis à la Russie de financer son armée et donc met à néant toutes les prétendues sanctions imposées à la Russie, parce que Poutine sait bien que nous ne pouvons pas nous passer de lui [2].

Notes

[1On apprend par le journal pince sans rire bien connu, appelé, sans doute par dérision, « Le monde » (en effet, il faut se souvenir qu’il n’y a plus de monde, mais un immense réservoir de matières premières et de nourriture à destination du monstre), bref, « le monde » nous informe que le samedi 26 février 2022, troisième jour de la sortie de l’ours de sa tanière, l’achat de gaz par l’Europe à la Russie devrait encore augmenter, alors même qu’il (le gaz) passe par le pays ami envahi. Certes, l’on justifiera encore et toujours le maintien de ce commerce là, notamment au nom des intérêts des consommateurs européens, alors que ce commerce est le résultat d’une mondialisation économique dont le but n’a jamais été l’intérêt des consommateurs, mais bien ceux des actionnaires et autres rapaces de la finance

[2Voir article du Journal "Le Monde" du 7 mars 2022 "Notre addiction aux énergies fossiles nourrit le réchauffement climatique et finance la guerre qui nous menace".

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