L’humanité, ou du moins ce qui se prétend tel, est un véritable cancer pour la Terre. Elle la détruit et avec elle le climat, les autres êtres vivants, dans un processus digne de films de science fiction, du genre « la guerre des mondes », mais dans lequel l’envahisseur n’est pas d’une autre planète, mais bien de la nôtre, et l’envahisseur, c’est nous !
Comme un cancer, de métastases en métastases, nous dévorons l’espace, la vie, l’air, l’eau, les arbres, les animaux, l’océan, le sol, tout y passe, même la nuit et la lune. Tout est détruit, brûlé, consumé, consommé, absorbé, tout fait ventre. Car il faut bien nourrir l’insatiable monstre.
Comble de l’ironie, le cancer préhumain s’autodétruit lui-même en permanence, tout en se maintenant « en vie », comme pour jouir toujours plus de sa propre malignité, comme si en définitive il s’en portait mieux. Et il se fait la guerre à lui-même ; et il pulvérise, atomise, anéantit des millions de ses cellules, au cours d’accès de fureur périodiques, ce qui réduit à peine sa capacité de nuisance et semble même lui redonner du « peps », comme une rémission passagère.
Et comme ces périodes « glorieuses » lui sont profitables, surgit toujours un jour ou l’autre la nostalgie du rebond après la chute, en particulier lors des phases moroses et mornes pendant lesquelles l’on s’ennuie à mourir. Et pour mieux jouir de l’après, l’on se vautre à nouveau dans le crime, dans la guerre, dans les massacres à grande échelle, dans la multiplication des goulags, des camps d’internement, des camps de concentration, dans les invasions, les annexions, les provocations, les postures viriles (« rappelez-vous et méfiez-vous, j’ai le rayon X magique, capable de désintégrer en une seule fois des milliards de vos cellules »). Ainsi, on s’ennuie un peu moins pendant quelques temps.
Et puis, c’est drôle de voir les réactions hypocrites de ceux « d’en face », qui s’indignent en public, mais continuent leur petit commerce comme avant.
Car n’oublions jamais le commerce, si profitable au développement sans fin du cancer. C’est qu’il faut consommer toujours plus, produire toujours plus, échanger toujours plus, dans une croissance indéfinie. Mais, puisque ce qui est autour (ce qui reste de la Terre) ne consomme plus mais est consommé, la circulation se fait en circuit fermé. Et comme elle se fait en circuit fermé, comme mondialisée (mais sans le monde), la circulation ne doit pas s’arrêter.
Aussi, même quand l’ennemi s’agite et sort de sa tanière pour envahir le voisin, même si ça ne plait pas aux amis du voisin, le commerce continue. Il faut bien vivre [1].
Alors quand j’entends à la télévision un brillant intellectuel nous dire qu’il est optimiste, je m’interroge. Est-ce moi qui délire ? Est-ce que j’ai loupé un épisode ? Je ne crois pas, même après avoir beaucoup réfléchi !
Car enfin, qu’on arrête de se mentir : ce qui se passe aujourd’hui en Ukraine, nous en sommes nous aussi responsables, ne serait-ce que parce que, pour notre propre confort et pour faire tourner notre économie, nous importons de Russie des quantités ahurissantes de gaz et de pétrole, et ce depuis des années, ce qui a permis à la Russie de financer son armée et donc met à néant toutes les prétendues sanctions imposées à la Russie, parce que Poutine sait bien que nous ne pouvons pas nous passer de lui [2].
Pire encore, les USA et la France notamment, s’indignent avec raison de ce qui se passe en Ukraine, mais ils ont fait la même chose dans le passé. Les premiers en massacrant à tout va les Amérindiens ; en faisant la guerre en Irak sur la base d’un mensonge colossal sur les armes chimiques prétendument détenues par l’Irak ; au Vietnam ; en Amérique Latine, et tout au long de leur histoire... La seconde, plus modeste, s’étant contentée de massacrer en Indochine et en Algérie, puis de vendre ses services aux dictatures d’Amérique Latine. Sans parler de la collaboration pendant la deuxième guerre mondiale, de la traque des Juifs par les policiers français, des sections spéciales, des camps d’internement pour les Juifs en attente de partir pour les camps de la mort... , ce qui n’est pas rien. Et l’on pourrait continuer la liste, y ajouter, comme le rappelle Mohamed Kacimi dans une tribune du toujours inénarrable journal "Le Monde", les armes vendues par la France à l’Arabie Saoudite ayant contribué à faire « 400 000 morts et 4 millions de déplacés ». Sans compter tout le reste...
Cela n’excuse évidemment en rien Poutine.