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Réchauffement climatique, que faire ?

samedi 1er juin 2019

La préhumanité va dans le mur, dans le gouffre ; elle court à sa perte. Non seulement elle est toujours vide, creuse, insignifiante, barbare et criminelle, mais en plus elle développe une tendance à l’auto destruction. Au fond, ce n’est que la conséquence logique de ce qu’elle est. Comme un cancéreux en phase terminale ne peut plus envisager la guérison, la préhumanité ne semble pas pouvoir actuellement arrêter sa course folle vers l’abîme.

En effet, il est sérieusement envisagé actuellement que l’espèce homo sapiens sapiens et avec elle (à cause d’elle !) des milliers et des milliers d’espèces animales et végétales puissent disparaître à cause du dérèglement total du climat provoqué par elle. Pour les espèces animales et végétales, le massacre a déjà commencé, puisque l’on parle désormais de la 6ème extinction, directement provoquée par la préhumanité.

Quelques uns semblent s’accommoder de la catastrophe annoncée au motif que l’homo sapiens sapiens n’est qu’une espèce animale parmi les autres et que l’Evolution (avec un grand E) a rebondi déjà de multiples fois après des extinctions massives d’espèces.
L’on pourrait aussi considérer que l’humanité en tant qu’espèce a déjà failli, qu’elle ne peut plus redresser la barre et que sa disparition permettrait éventuellement (car rien n’est automatique) à d’autres de reprendre le flambeau.

Avec beaucoup de cynisme et une pointe de réalisme, certains évoquent la « solution » d’un totalitarisme vert à l’échelle planétaire, une dictature mondiale qui serait seule capable de contraindre les humanoïdes à prendre les bonnes décisions dans l’intérêt de tous, un peu comme dans ces romans de science fiction ou un super ordinateur prend le contrôle des « humains » incapables de trouver par eux-mêmes les bonnes solutions pour éviter de s’entretuer. Une telle « solution » serait la seule à permettre d’atteindre l’objectif qui est aujourd’hui « de diminuer la production de CO2 de la manière la plus égalitaire possible, y compris en adoptant des quotas carbone individuels » [1].
L’on sait pourtant parfaitement qu’une telle diminution égalitaire est totalement inconcevable dans le monde d’aujourd’hui et que derrière les « quotas individuels » se profilent tous les trafics imaginables dignes des pires films de science fiction. Je crois impossible la réalisation d’une telle dystopie. Mais si cela se produisait, il n’est pas difficile de prévoir que cela produirait des effets pervers tout aussi dramatiques.

Certains semblent ne pas vouloir se résoudre à la catastrophe annoncée et espèrent encore, sur la foi de ce que disent la plupart des climatologues selon qui il resterait 11 ans pour corriger les choses et éviter la catastrophe annoncée (jusqu’en 2030 !). Le chiffre est certainement approximatif, peu importe. Ce qui est important c’est qu’un espoir est entretenu d’un possible renversement de la tendance par toute une série de mesures économiques et politiques que les gouvernements en place devraient et pourraient adopter [2]. C’est par exemple le sens des 66 propositions de Nicolas Hulot et Laurent Berger pour « un pacte social et écologique » ou du « Green new deal » défendu aux USA par une député démocrate, sur le modèle du New Deal de Roosevelt dans les années 30.

Je ne sais pas si ces mesures pourront être adoptées. Il y a tout lieu de croire qu’elles ne le seront pas. De toute façon elles auraient été insuffisantes. Je m’explique.

Avant de proposer des solutions, et à supposer que l’on veuille vraiment stopper la course vers le mur (mais pour cela il faudrait trouver des « bonnes raisons »…), il faut essayer de comprendre ce qui se passe, quelles en sont les origines profondes. Cette recherche n’est jamais vraiment faite ou alors elle est toujours partielle, pourtant elle est indispensable pour proposer quelque chose, aussi fou que cela paraisse. Quelque chose qui ressemblerait un peu à la dernière chance. Cela pourrait servir notamment aux lycéens et aux jeunes qui manifestent en ce moment, un peu partout dans le monde, à la suite de l’appel de la jeune Suédoise qui appelle à une grève scolaire pour le climat. Il faudrait toutefois qu’ils commencent par comprendre que l’école telle qu’elle existe contribue par nature à la reproduction du système et participe donc à la catastrophe annoncée.

Il faut donc essayer d’aller au-delà des explications habituelles. Certains mettent en cause le capitalisme et notre « mode de vie », la consommation de viande par exemple. C’est déjà bien, mais c’est loin d’être suffisant. Il faut situer ce processus dans le long terme et le relier aux mentalités collectives et individuelles.
Depuis le milieu du 19ème siècle, l’homo oeconomicus utilise une quantité énorme de ressources pour produire de plus en plus, pour vendre de plus en plus, pour faire de plus en plus de profits le plus rapidement possible. Les ressources utilisées (le charbon puis le pétrole et le gaz), dégagent du CO2 et autres produits polluant. La pollution augmente exponentiellement. Le lien entre le réchauffement climatique et ce type d’économie est évident.

Pourtant, l’économie en elle-même est neutre et peut se définir comme l’ensemble des moyens permettant la satisfaction des besoins (nourriture, transport, habillement, cinéma, théâtre, etc.), par la production de produits matériels, immatériels, culturels. En elle-même, l’économie ainsi définie ne dit rien de moyens pour y parvenir ni des motivations individuelles permettant de produire les biens nécessaires.

Le capitalisme repose sur l’idée fondamentale que l’intérêt privé, individuel, est le meilleur moteur pour fabriquer les produits nécessaires à tous, c’est à dire pour satisfaire des besoins. Cet intérêt privé, ne jouons pas sur les mots, consiste à faire le plus de profit possible à court terme (en vendant les richesses produites), quitte à fabriquer artificiellement des besoins et surtout sans aucune considération ni pour la morale, ni pour le bien être d’autrui, ni pour la paix (vente d’armes !), ni pour la liberté, l’égalité ou la fraternité, ni pour la sauvegarde des écosystèmes, des espèces animales et végétales, ni même pour la préservation des ressources qui sont pourtant la base de toute économie et de tout profit (exemple de la pêche industrielle qui détruit la « ressource »). Ainsi, le seul fait de valider ou de défendre l’idée que seul l’intérêt privé permet la satisfaction des besoins de tous est déjà en soi le signe et le témoignage d’une déviation fondamentale des « sociétés » et des « hommes » qui les composent.

Dans la même logique, pour faire du profit, il faut pouvoir revendiquer le bénéfice tiré de la fabrication et de la vente des produits, donc la propriété de ce qui est produit. D’où la nécessaire propriété privée des moyens de production engendrant inévitablement l’exploitation des hommes par les hommes et les inégalités. Ce n’est que dans ce contexte que l’on peut parler de « richesse », parce que les biens produits sont susceptibles d’être vendus, échangés.

Contrairement à ce que les défenseurs du statu quo soutiennent, cet objectif de profit maximal à tout prix ne va pas de soi. Il n’a rien de « naturel ». Il suppose une mentalité particulière, un « état d’esprit ». Max Weber s’est essayé à le relier au protestantisme, mais il y a des origines existentielles bien plus profondes, qui vont au-delà des déterminismes sociaux.

Cet « état d’esprit » aboutit à l’apparition d’une catégorie particulière de personnes, d’institutions et de « pouvoirs » : les « puissants », les détenteurs du pouvoir économique, les « décideurs », les financiers, les traders, les « investisseurs », les dirigeants des grandes entreprises et multinationales, les actionnaires, les gestionnaires des fonds de pension, les multimilliardaires, prêts à tout, y compris les ventes d’arme, pour s’enrichir toujours plus. Nous avons là le cocktail habituel de volonté de puissance, de cupidité, d’avidité, de fascination pour le veau d’or et l’Argent Roi, de recherche obsessionnelle du taux maximal de profit et de bénéfice, qui s’accompagne de mensonges, de fraudes et de dissimulations concernant la qualité et la durabilité de ce qui est fabriqué et vendu (voir l’exemple caricatural du « diéselgate »), mais aussi de prise de risque insensée dans la finance, de création de produits financiers toxiques comme les « subprimes »... Cette « catégorie », illustrée ici par des termes empruntées à l’époque contemporaine, a toujours existé, mais s’est formidablement développée au 20ème siècle.

Mais pour que la course au profit soit possible, il faut l’autre membre du couple infernal : les consommateurs, les acheteurs, les utilisateurs, présents dans toutes les classes sociales, du haut en bas. Nous avons ici la soupe millénaire de la quête d’un « bonheur » frelaté, profondément conservateur, égoïste et stérilisant, faisant de ses « adeptes [3] des victimes-coupables, ou des coupables-victimes, pratiquant en permanence l’aveuglement volontaire, l’étourdissement et le divertissement, s’imaginant être libres alors qu’ils sont totalement conditionnés, formatés, uniformisés, aliénés non plus tellement par le travail tel qu’il était au 19ème siècle et au début du 20ème, mais par les loisirs permanents (le travail étant d’ailleurs devenu un temps de plaisir et d’épanouissement personnel, du moins c’est comme ça que c’est vendu). Le « divertissement » pascalien s’est « démocratisé », est devenu le bonheur pour les masses, un peu comme dans « Le meilleur des mondes » d’Huxley.

Les cloisons ne sont naturellement pas étanches entre les deux groupes et ceux du premier groupe sont eux aussi de gros consommateurs, mais ils préfèrent le pouvoir qui les fait jouir. Certains parmi les fauves tentent de s’acheter une conscience en donnant aux bonnes œuvres, dans la lignée de Catherine de Sienne, canonisée, qui louait Dieu d’avoir fait des pauvres afin que les riches puissent leur donner l’aumône et aller au Ciel ! Mais ceux du deuxième groupe ne sont pas indemnes de volonté de puissance, qui s’exprime par exemple par l’achat de voiture hyperpuissante… ou par l’achat compulsif pour « épater la galerie » et donc pour écraser symboliquement les autres.

Le pouvoir de nuisance des premiers se nourrit de l’appétit des seconds. Il y a là un cocktail explosif, générant une fuite en avant perpétuelle pour trouver de nouveaux marchés, de nouveaux débouchés, de nouvelles proies, de nouveaux gogo à arnaquer, entraînant une consommation effrénées de matière première, un gaspillage colossal de produits fabriqués mis au rebut dès que des produits nouveaux les remplacent, une pollution considérable s’accumulant peu à peu (à l’image du 6ème continent de plastique !), et provoquant déforestation, bétonisation, défiguration des paysages, disparition des espèces animales et végétales à une vitesse jamais connue. La presse vient de rappeler que la seule consommation effrénée de vêtements « à la mode » contribuait pour une proportion énorme au taux de CO2 dans l’atmosphère. La consommation de viande (sans parler ici de ce qu’elle révèle de la barbarie universelle) est elle aussi tellement préjudiciable que les experts en recommandent pour notre survie à tous une baisse de 80 % !

Des deux côtés, la même fascination pour la « croissance », censée produire richesse et bonheur. Le seul mot de « croissance » est en lui-même mensonger et trompeur parce qu’il évoque un progrès, une évolution, alors que rien ne change. Cette « croissance » a besoin de mensonges et d’arnaques pour se maintenir, comme l’exemple de l’éclatement de la bulle des nouvelles technologies au début des années 2000 le montre [4]. Il est évident qu’une telle "croissance" ne peut se maintenir indéfiniment, contrairement à ce que l’on tente de nous faire croire, et qu’elle engendre, de crise en crise, une crise permanente avec seulement des moments de rémission.

Tant que ces tendances de fond (pour les résumer, volonté de puissance et recherche du « bonheur ») existeront, leurs effets dévastateurs ne pourront pas être stoppés. Tout autre analyse n’est que supercherie, mensonge et illusion. Il ne suffira évidemment pas de renoncer à quelques joujoux technologiques ou autres vêtements à la mode, de trier ses poubelles ou de rouler à l’électricité, ni même de cesser de manger de la viande (ce qui est en soi une excellente chose, au moins pour les animaux !). Par conséquent, ce que proposent Nicolas Hulot et Laurent Berger ne peut pas marcher. Ils en sont encore à proposer de « taxer plus fortement les dividendes », de « taxer les hauts patrimoines » ou de « conditionner les aides publiques aux entreprises », ce qui implique nécessairement que l’Etat, les hauts patrimoines et les entreprises continuent à exister comme ils le font aujourd’hui, sans aucun changement fondamental ! Mais c’est inévitable : comme ils ne raccrochent pas les symptômes aux racines existentielles, ils ne peuvent rien proposer d’efficace.

Il y a une autre raison expliquant l’inanité des politiques en la matière : il faudrait imposer des mesures drastiques qui déclencheraient immédiatement le mécontentement et la victoire des extrêmes droites aux élections, comme Trump aux USA dont le programme comportait explicitement le refus de toute mesure venant contrecarrer l’appétit démentiel de « bonheur ». Le plus absurde est qu’à long terme ce qui résultera de la politique des Trump et consorts sera évidemment catastrophique et le fameux « bonheur » sera de toute façon compromis, mais les dingues du pouvoir auront eu leur heure de gloire.

Il faudrait donc effectuer un virage à 180 °, il faudrait une transformation radicale, une vraie [5] !

Pour cela il faudrait renoncer, individuellement, concrètement, à la volonté de puissance et à cette fameuse recherche du « bonheur », il faudrait que chacun remette en cause, concrètement, existentiellement, ces tendances de fond délétères et mortifères que chacun de nous porte en lui-même, au fond de lui-même. Tout naturellement, cela entraînerait une transformation radicale des manières de vivre, de travailler, de nouer des relations avec les autres, d’aimer, de considérer les autres êtres vivants, la Terre... Cela permettrait de supprimer le capitalisme, donc l’accumulation, donc le profit, donc le salariat, donc les marchands d’armes, donc la concurrence, donc la publicité… Ce qui suppose, parce que le capitalisme lui est consubstantiel, de supprimer également l’Etat, dont la mission est de maintenir la pression sociale juste en dessous de l’explosion, pour que continuent à se perpétuer le désordre social, la foire d’empoigne, l’enrichissement des uns et l’exploitation des autres.

Nous ne sommes pas naïfs : il est peu probable que les « puissants » renoncent à leur pouvoir ou à leur volonté de puissance. En revanche, si les « consommateurs » changeaient, les effets seraient immédiats. Or apparemment, personne ou presque ne le souhaite, personne ou presque ne le veut ou ne le peut : ces « tendances » sont terriblement enracinées, solidifiées et perpétuellement réactivées.

Et l’on en arrive ici forcément à la grande question : ces tendances sont-elles « involontaires », inscrites en nous du fait des conditionnements sociaux, familiaux, scolaires… ou bien la liberté joue-t-elle un rôle dans l’acceptation même de ces conditionnements ? Sommes-nous les pantins que certains sociologues dépeignent, ou bien avons-nous une part de responsabilité dans cette situation ? Nous pensons que la liberté joue un très grand rôle, et c’est précisément ce qui permet d’espérer et de proposer ce fameux virage à 180°. Il est tout à fait possible que les choses changent. Il suffit de le vouloir vraiment. Il y a une autre raison à cette possibilité de changement : nous ne sommes pas seuls. Nous sommes « aimantés », attirés, si nous le voulons bien, par l’Absolu, la Transcendance.

Autrement dit, pour renoncer à la volonté de puissance et à cette recherche du « bonheur », il faut remplacer du vide par du plein ! Or le vide intérieur provient de ce que nous sommes totalement étrangers à ce qui est pourtant le plus essentiel à notre vie, à notre existence et qui en est la base, le cœur et le centre. Et c’est ce vide qui nous fait nous tourner vers les paradis artificiels et vers l’affirmation démentielle de nous-mêmes à travers une volonté de puissance qui ne fait que traduire une impuissance fondamentale à être, à aimer, à s’abandonner.

Si ces transformations individuelles se produisaient, est-ce que cela suffirait à éviter la catastrophe annoncée ? Vous seriez en droit de poser la question ! Considérez toutefois, comme je l’ai dit plus haut, que si les choses continuent comme aujourd’hui, la catastrophe se produira. Comme aurait dit Pascal en son temps, vous n’avez donc rien à perdre !

De plus, si les choses doivent changer, ce n’est pas seulement parce qu’une catastrophe risque de se produire. Il faut le faire parce que nous devons le faire ! C’est un impératif catégorique ! Il en va de notre réalisation personnelle, de notre vie, inséparables de celles des autres, toutes devant se rejoindre dans un même projet .

Il est toutefois vrai qu’il ne suffira pas que chacun renonce en pratique à des tendances millénaires et donc à une consommation effrénée pour que, comme par magie, d’autres structures politiques, économiques, sociales se mettent en place. Il y aura beaucoup à faire. Et c’est tout l’intérêt de la chose : tout pourrait commencer.

Notes

[1Chronique dans « Le Monde » du 27 avril 2019 de Dominique Méda « La croissance est-elle la meilleure ou la pire des choses ? »

[2Idem

[3Le mot d’adepte n’est pas abusif quand on voit les files d’attentes des consommateurs et leur hystérie à l’occasion du lancement d’un nouveau produit, d’un nouveau film, d’un nouveau téléphone…

[4Voir Joseph E. Stiglitz, Le triomphe de la cupidité, Les liens qui libèrent, 2010, p.39

[5Ce qu’a proposé la liste Envie d’Europe à l’occasion des élections européennes, prétendant œuvrer pour une « transformation radicale », n’est que poudre aux yeux.

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