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banalités et répétitions, mais toujours utiles

dimanche 4 octobre 2015

L’un des aspects de la situation actuelle ferait presque rire s’il n’était en même temps aussi tragique.
Notre cher monde contemporain, surtout dans nos contrées laïcisées et atteintes par la désaffection croissante des églises et autres lieux de cultes, est d’une façon évidente le résultat de ce que l’on a appelé "la mort de Dieu", cette mort souhaitée parce qu’elle était censée faire parvenir l’humanité à la liberté et au bonheur. Un peu comme les républicains de la IIIème république qui voulaient « libérer » les populations du joug de l’Eglise et qui ont allègrement encouragé le colonialisme et la répression féroce des grèves et du syndicalisme…

Non seulement l’homme n’a pas accédé à la liberté, mais c’est tout l’inverse.
Et vous le savez bien, au fond. C’est pourquoi vous n’avez plus aucune espérance, les grandes et belles idées d’humanité, de fraternité, de solidarité se sont dissoutes dans le capitalisme à outrance, dans la consommation absurde, dans la course au luxe et à un bonheur frelaté, faisandé. Il ne vous reste plus que le réformisme à petit pas qui consiste à mettre des rustines sur un pneu complètement troué ; à vous battre localement contre des projets totalement insensés ; à faire comme Sisyphe en tentant de faire face à la marée permanente des injustices et des drames générés par des structures politiques, économiques, sociales totalement pourries parce que bâties sur la compétition, la domination, le pouvoir et la hantise de conserver ce dernier, à tout prix.

Nous sommes à des années lumières de ce que les « Lumières », la Raison radieuse, la Science nous promettaient, et qui n’était qu’une nouvelle croyance illusoire, un autre Totem à la place de l’ancien, celui de la superstition, de la fausse croyance en Dieu, de l’Eglise. Il y a eu tromperie sur la marchandise, aussi bien la moderne que l’ancienne. « On » nous a manipulé de notre plein gré, parce que nous y trouvons un intérêt, celui de la sécurité censée nous protéger de nous-mêmes et parce que nous sommes tous lâches, parce que nous avons peur de sauter dans l’inconnu.

On pourrait paraphraser et transposer les mots magnifiques de Dostoïevski dans Les frères Karamazov lorsqu’il fait dire à l’Inquisiteur : « Mais saches que jamais les hommes ne se sont crus aussi libres qu’à présent, et pourtant, leur liberté, ils l’ont humblement déposée à nos pieds. » A notre époque, les hommes n’ont jamais autant célébré la liberté, les droits individuels…, ils ne se sont jamais crus aussi libres, alors qu’ils sont tous devenus des esclaves consentants, marionnettes dérisoires manipulées non plus par les prêtres (s’ils l’ont jamais fait…), mais par les médias de masse, la publicité, la propagande politique, les Etats, les industriels et autres fabricants d’objets totalement inutiles.

Alors que faire ?

Refuser d’accepter, dire non. Se dire qu’il y a autre chose à faire et à vivre. Que l’on ne peut se résoudre. Se lancer à corps perdu dans la remise en cause générale, dans une insurrection de chaque instant contre tout ce qui forme le monde fabriqué par les hommes, dans une objection de conscience totale, radicale, globale, parce que tout est lié et interdépendant. Il en découle que le capitalisme ou les pouvoirs politiques ne doivent pas être les seuls cibles de cette remise en cause radicale. Il y a deux domaines en particulier que la quasi totalité de ceux qui se disent révolutionnaires refusent de remettre en cause : il s’agit, d’une part, de la famille, du couple, de la filiation, de la parentalité, du genre, et, d’autre part, du sort réservé aux animaux. La famille telle qu’elle est vécue et conçue est à la base même du capitalisme et de l’Etat, et du monde tel qu’il est. De même, tant que l’homme se comportera comme un prédateur avec les autres êtres vivants, il ne sera pas homme.

Il y aurait bien aussi une autre "solution" : accepter d’envisager ne serait-ce qu’une minute que Dieu n’a rien à voir avec ce qu’en ont fait les Eglises et les religions à travers les siècles, ni avec la vision qu’en ont les athées (ou plus exactement les antithéistes) !

Mais c’est ennuyeux cette idée, cela dérangerait des habitudes mentales bien enracinée ; habitudes mentales qui imposent, quand on entend le mot Dieu, que viennent immédiatement à l’esprit les bûchers, l’inquisition, le supplice de Giordano Bruno, la condamnation de Galilée, le fanatisme et la violence sans limite des islamistes, l’ordre moral et sexuel, le soutien sans faille aux pouvoirs politiques, la condamnation de l’homosexualité, la haine de la vie, du plaisir, du corps, la soumission aveugle, l’enfermement, la perte de la liberté, etc., etc.
Une habitude mentale qui se traduit par un raisonnement tout préparé : puisque Dieu est censé « vouloir » tout ça, Dieu ne vaut rien, il ne vaut pas la peine de s’intéresser à lui.

Il est quand même ahurissant que des êtres évolués et développés n’aient jamais, mais alors jamais, envisagé ne serait-ce qu’une minute que tout cela vienne des hommes et non de Dieu ! (le français à ceci de charmant que "non de Dieu" s’entend comme "nom de Dieu", ce qui dans le contexte est tout aussi cohérent).

De même, la pensée somme toute banale que Dieu aurait pu être atrocement défiguré, détourné, subverti par des hommes se servant de lui à leur propres fins de pouvoir, de domination, d’exploitation, cette pensée, semble-t-il, n’est jamais venue à l’esprit de l’athée moyen que je serai tenté d’appeler "primaire".

Curieux tout de même que certaines approches de Dieu soient systématiquement ignorées, presque méprisées par les athées primaires ! Méprisées peut-être parce qu’elles ne cadrent pas avec le tyran qu’ils affectionnent et qu’ils adorent peut-être inconsciemment.

Car enfin, et contrairement à tout ce que racontent les athées qui, par définition, n’y connaissent rien, Dieu ne s’impose pas à nous. Il nous souhaite libre, il souhaite que nous l’acceptions librement et que chaque étape de la construction du monde à venir soit voulue, consentie, acceptée, en connaissance de cause. C’est donc méconnaître totalement Dieu que de le confondre avec un despote, un tyran qui nous voudrait asservis à lui, un marionnettiste tirant toutes les ficelles...

Or, c’est bien à ce dernier que les athées primaires voudraient assimiler Dieu quand ils le récusent au prétexte de son inaction devant les maladies, catastrophes naturelles et autre Auschwitz. L’argument est connu : puisque ces événements et autres du même acabit existent, cela démontre que Dieu ne peut pas être ; soit il est impuissant et alors il n’est pas Dieu ; soit il pourrait faire, mais alors il n’est pas bon (puisqu’il ne fait rien et laisse faire), et donc il n’est pas Dieu.

Mais à quoi bon discuter...

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