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théologie de la révolution ou mystification révolutionnaire

lundi 3 mars 2014

toujours des confusions, des amalgames et un mélange des genres proprement... diabolique

Voici ce qu’on peut lire dans un texte par ailleurs fort intéressant, intitulé « révolution de la théologie et théologie de la révolution », écrit par Fernand Boillat, dans Echos de Saint Maurice, 1971, tome 67, p. 152-171, repris en édition numérique en 2013 [1] : « La théologie de la révolution est essentiellement une praxis politique, elle vise à la prise du pouvoir, à la substitution d’un Etat à un autre et d’une Eglise nouvelle à l’Eglise traditionnelle. »

Notons immédiatement que la manœuvre est assez grossière : il s’agit là d’une vision de la théologie de la révolution par un catholique pur sucre qui utilise un auteur ayant publié un livre « Théologie de la révolution » [2]. Je ne sais si cet auteur propose cette substitution…, mais si effectivement la théologie de la révolution aboutissait à cela, ce serait une escroquerie de plus, puisqu’il ne s’agirait pas d’une transformation radicale aboutissant à un nouveau monde, une nouvelle Terre... dès lors qu’on nous propose seulement de remplacer un Etat par un autre Etat !

En revanche, quelque chose d’essentiel est dit, malheureusement sans en saisir toute la portée et sans lui donner les prolongements qui devraient en découler : « ce sont les hommes qui doivent changer pour que les structures sociales deviennent libres, justes et fraternelle ». Là dessus oui, il y a accord complet. Malheureusement, et là se situent la faille et la mystification, il y a un écart gigantesque entre cette magnifique proposition et l’affirmation perpétuelle de l’Eglise selon laquelle l’Etat est l’institution garante du bien commun [3], et cela en raison de l’affirmation de saint paul selon laquelle Dieu a institué les autorités politiques (épître aux Romains). Il s’agit là du double jeu de l’Eglise qui, de fait, s’est alliée de tout temps et en tout lieu avec des pouvoirs civils qui eux n’ont jamais oeuvré pour un monde juste, libre et fraternel...
Oui, l’on peut affirmer qu’il y a là l’une des explications de la haine actuelle de certains athées à l’égard de Dieu. Et je les comprends, même si cela ne les excuse pas complètement… d’autant qu’ils ne sont pas très cohérents, puisqu’ils ne sont pas très nombreux à souhaiter la disparition de l’Etat, à part les anarchistes qui, et c’est dommage, jettent le bébé avec l’eau du bain... confondant Dieu avec un despote abominable qui se plaît à torturer ses créatures, un peu comme dans le livre de Saramago "L’évangile selon Jésus Christ".

Mais soyons positifs et reconnaissons avec l’auteur de ce texte qu’effectivement c’est bien à partir des changements individuels, c’est-à-dire de la rencontre mystique avec Dieu, que peuvent se produire les changements collectifs.

Pour autant, l’auteur de ce texte nous permet de rappeler qu’il est urgent et indispensable de préciser dans quel sens l’on emploie les mots. Quant à nous, il nous semble légitime de parler de théologie de la révolution. Non pas pour dévoiler la nature de Dieu, mais pour évoquer une chose simple et évidente : si Dieu existe, alors il nous demande d’accomplir, de réaliser et de construire un monde, fondé sur l’Amour, la liberté, l’égalité, la fraternité et l’unité, un monde dans lequel tous et chacun se donnent pour but de traduire concrètement ces exigences, Ici et Maintenant, sur cette Terre, sans attendre le passage derrière le rideau de la mort et du jugement dernier. L’Amour, la liberté, etc., sont des mots qui peuvent paraître généraux et simplistes, mais le programme qui en dérive est très concret.
Or, et c’est une première évidence, le monde que les hommes se sont fabriqué ne correspond pas à ces objectifs… Une transformation radicale et fondamentale est donc nécessaire pour répondre à l’appel de Dieu. Tout autre discours passe à côté de l’essentiel. Et c’est bien à partir de la rencontre mystique, de la relation avec Dieu, que tout peut se jouer. En cela aussi l’on peut parler de théologie. Car, et c’est là quelque chose qui peut mettre en rage les « révolutionnaires » athées, il nous apparaît que seule l’addition des transformations individuelles elles-mêmes issues de la rencontre avec la Transcendance peut permettre de réaliser la révolution non-violente qui est par ailleurs absolument indispensable. Et ceci pour une raison simple : seule cette relation de personne à Personne conduit à désirer, à vouloir et à pouvoir la réalisation de l’Amour et de l’unité, concrètement, entre les hommes et dans les sociétés, d’abord sur un plan relationnel, puis sur le plan politique et économique, puis avec les autres êtres vivant. C’est le seul chemin pour parvenir à la disparition des Etats, du capitalisme (et de toutes les horreurs qui y sont associées) et à la fin du massacre de la Terre et des autres êtres vivants.

Autrement dit, le réalisme n’est pas là où l’on croit : il y a une incroyable naïveté dans le fait de croire que les structures sociales et politiques pourraient changer d’abord, alors qu’elles sont totalement verrouillées et qu’elles sont bâties pour s’opposer à tout changement et pour se reproduire indéfiniment, crises après crises. Et s’il arrive que la violence les fasse bouger, c’est pour y réintroduire immédiatement la violence, le pouvoir, la domination...

Notes

[2Joseph Coblin, éditions universitaires,1970

[3voir Cathéchisme de l’Eglise catholique, MAME PLON, 1992, p.399

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