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De la dissipation nécessaire d’un malentendu permanent.

vendredi 2 novembre 2018

Des gens de tous bords, de toutes origines, qu’ils soient croyants ou athées, seraient d’accord sur la nécessité d’une transformation radicale, générale et globale des (pseudo)sociétés dans lesquelles nous croupissons. Et puisque cet accord existe, les choses vont avancer, vont évoluer, forcément. Telles sont les idées qui circulent et qui rendent optimiste.

Pourtant, cet accord n’a rien d’évident. Dès que l’on cherche à s’entendre sur le sens à donner à l’expression « transformation radicale », dès que l’on souhaite aller au-delà des bonnes paroles et des incantations (liberté, égalité, fraternité, par exemple, ou encore Justice, socialité, préservation de l’environnement, etc.), les difficultés commencent. Et si l’on s’intéresse au caractère global de la transformation nécessaire, les choses deviennent encore plus compliquées.

Demandez à plusieurs de ces "révolutionnaires" si la dimension relationnelle, affective et sexuelle doit être transformée. Vous serez surpris des réponses.
Pourtant, comment ne pas voir les liens étroits entre famille et Etat, entre famille et capitalisme ? Pour parler de transformation radicale, ne faut-il pas mettre en cause l’appropriation des personnes ? Ne faut-il pas proposer de dépasser le couple exclusif (qu’il soit homosexuel ou hétérosexuel) et la famille traditionnelle, modifier la parentalité et la sexualité , sans pour autant tomber dans la futilité, la consommation et les relations jetables ? De même, il faut arriver à dépasser la différence physiologique entre les "hommes" et les "femmes", même quand cette différence est présentée comme une complémentarité et non une rivalité ou une source d’inégalité, et il nous faut comprendre que chacun d’entre nous est à la fois homme et femme, dans des proportions variables et différentes, ce qui modifie radicalement, notamment, la parentalité et renvoie à la préhistoire les lamentables vociférations des "tradi" et autres "manifestants pour tous", mais aussi les appels à la morale de certains "gens de gauche".

De même, si l’on pose la question du rapport aux animaux et à la « nature », les réponses peuvent être surprenantes. Pourtant, pour parler de transformation radicale, ne faut-il pas a minima cesser de manger de la viande et de tuer des milliards d’animaux pour notre bon plaisir, nos vêtements, notre santé ? Ne faut-il pas de toute urgence arrêter le massacre et le saccage de la « nature » ?

Il n’est même pas certain, en dehors de ces deux premières questions, qu’il puisse y avoir un accord sur la condamnation de l’Etat et du capitalisme, du salariat, de la propriété privée, de l’argent ! Ce n’est pas du tout évident. Il ne manquera pas d’apôtres de la nécessité de l’Etat, sans lequel s’installerait le chaos.

Mais supposons ce point acquis. Que construire à la place ? Si l’on veut mettre en place une véritable démocratie et (re)mettre à sa place l’économie, ne faut-il pas au préalable que soient transformées totalement les mentalités, ne faut-il pas renoncer au pouvoir, à la domination, à la compétition, à l’appropriation ? Cela supposerait donc de parvenir à un accord sur l’idée fondamentale selon laquelle aucune évolution collective ne serait possible sans évolutions personnelles et individuelles préalables ou au moins concomitantes. Or, il ne manquera pas de bons apôtres du statu quo qui diront que c’est illusoire parce que l’homme est déterminé par le social et que la liberté est un leurre [1]. Or sans liberté, pas de changement personnel possible...

Mais là encore, supposons un accord sur le lien entre évolution personnelle et évolution collective. Que construire à la place de l’Etat et du capitalisme ? Le fédéralisme, l’autogestion ? Le communisme sans passer par la dictature du prolétariat ? Une forme tout à fait nouvelle d’organisation collective ?

Autre question : cette transformation doit-elle être le fruit de la violence armée ou de la non-violence ? De la prise du pouvoir ou de la renonciation à tout pouvoir ? Faut-il prendre d’abord le contrôle de l’Etat ou renoncer dès le départ à cette forme de vie politique héritée d’un passé terrifiant ? Faut-il un mouvement unitaire ou des initiatives isolées qui finiront bien par converger ?

Est-il besoin de continuer ? L’on voit en définitive que pour parvenir à ces accords indispensables, il faudrait un accord fondamental sur l’existence de quelque chose d’absolument commun à tous. Pour parvenir à un accord sur les finalités, il faut une référence à une Transcendance, à quelque chose d’universel, de valable pour tous.

Or, selon la vulgate rationaliste, il ne peut y avoir de transcendance. Dieu est mort, les grandes idéologies aussi. Pire, toute Transcendance est vue par la plupart des gens comme une menace, une atteinte à la liberté, une limitation du libre examen, une aliénation (l’opium du peuple…). Elle entraînerait forcément l’existence d’une nature humaine dont on serait forcément prisonnier, etc.

Pourtant, ces mêmes apôtres du rationalisme refusent de voir que ce que l’on a sous les yeux, et qui est directement le résultat de l’évacuation de toute transcendance, ne vaut pas mieux : l’aliénation, les atteintes aux libertés, la reproduction sans fin du système social par le conditionnement, l’esclavage moderne… un mélange explosif du 1984 d’Orwell et du Meilleur des monde de Huxley, à propos duquel l’on s’est pourtant accordé pour dire qu’il était insupportable !

Certes, il y a eu dans le passé des références à une Transcendance qui ont abouti à un monde tout aussi effroyable, à des atrocités sans nom. Et cela continue aujourd’hui dans certaines régions du monde. Mais qui en est responsable ? La Transcendance ou les hommes qui s’en sont emparés à des fins de domination ? Ici, les antithéistes, ceux qui sortent leur revolver dès qu’ils entendent le mot Dieu, sont d’une particulière mauvaise foi parce qu’ils refusent de voir qu’il y a des « croyants » qui refusent la domination et l’exploitation des autres, qui oeuvrent au contraire pour leur disparition. Or, l’existence de ces croyants là démontre que le problème ne vient pas de la Transcendance mais des hommes !

Alors ?
D’un côté, le monde tel qu’il est. De l’autre une impossibilité de parvenir à un accord sur la manière de le changer en l’absence d’une Transcendance. Dès lors rien ne changera. Comme les personnages à la fin de la pièce de Sartre « Huis clos », nous sommes condamnés à dire « Et bien continuons ».

Notes

[1La sociologie bourdieusienne est, malgré ses apparences progressistes, typique de ce cercle vicieux inextricable.

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